Une affaire récente (ou plutôt deux affaires récentes) nous donnent l’occasion de faire le point sur la réglementation en vigueur en matière de prêt de joueurs entre clubs.
Tout d’abord, revenons sur les faits.
Dans les dernières heures précédant la fermeture du mercato, lundi 1er septembre 2008, Leyti N’diaye et Amine Dennoun étaient prêtés par l’OM respectivement à Reims et à Ajaccio.
La Ligue de football professionnel a été saisi, comme il se doit, pour homologation des deux contrats (rappelons que le délai habituel pour se faire est de 15 jours après la signature des dits contrats).La L.F.P. a décidé de ne pas valider les deux contrats de prêts, pour deux motifs différents(lire ici).
Le quota de joueurs prêtés par clubs
L’article 266 de la charte du football professionnel précise que« Les mutations temporaires de joueurs professionnels, stagiaires, élites ou espoirs sont effectuées pour une saison éventuellement renouvelable.Seuls les clubs disposant du statut professionnel peuvent procéder à de telles mutations. Un club ne peut accueillir qu’un maximum de cinq joueurs mutés à titre temporaire.Un club ne peut toutefois muter à titre temporaire que sept de ses joueurs licenciés.(…)Un club ne peut toutefois muter à titre temporaire qu’un maximum de deux joueurs dans le même club ».
Concernant le prêt Leyti N’diaye, le Stade de Reims ne s’est ainsi pas aperçu qu’il avait dépassé son quota de joueurs prêtés (soit 5, selon cet article). L. N’diaye étant le sixième sur la liste, son contrat n’a donc logiquement pas été validé.
A noter que Salim Arrache est le 5ème joueur prêté au club (dernier sur la liste de quota)… par l’OM…
L’article pose certaines règles supplémentaires :
- le prêt d’un joueur par un club n’est possible que s’il s’agit d’un club professionnel ;
- un club (pro) ne peut prêter que 7 joueurs maxi de son effectif ;
- un club (pro) ne peut prêter que 2 joueurs maxi de son effectif dans le même club.
Le prêt du joueur transféré
Le deuxième cas concerne Amine Dennoun et soulève un second problème.
L’OM a en effet souhaité prêter ce jeune joueur à Reims, en provenance de Libourne, pour lui permettre de s’aguerrir (il peut y avoir cohérence dans la mesure où le joueur ne pouvait sans doute pas s’imposer dans le groupe pro à court terme).
Or, l’article 266 de la charte du football professionnel précise que :« Les joueurs faisant l’objet de mutations temporaires devront être licenciés au club depuis la précédente période d’enregistrement. Toutefois, cette ancienneté n’est pas applicable au joueur muté temporairement dans le club qu’il vient de quitter ».
Le joueur ne pouvait donc pas être prêté ailleurs qu’à Reims cet été car il a été transféré de Libourne lors de la même période d’enregistrement.
Techniquement, il aurait pu partir le 2 septembre (après la clôture de cette période d’enregistrement) mais aurait compté alors comme joker, ce qui n’arrange pas, évidemment, le club.
En effet, puisque le joueur doit être enregistré depuis la « période d’enregistrement précédente », et celle-ci terminant le 1erseptembre (par exemple), le joueur peut être prêté dans un autre club à compter du 2.
Certains ont pu déclarer ces règles bien « archaïques », et même « préhistoriques ».Nous ne le croyons pas.
En effet, le but est d’empêcher certains (les plus riches) de fausser la compétition en amassant des contrats de joueurs dont ils n’auraient finalement pas besoin, et d’affaiblir ainsi la concurrence en raison d’une supériorité économique forte. En outre, et c’est loin d’être négligeable, ce sont également des mesures visant à protéger les joueurs eux-mêmes car le prêt n’est pas la meilleure des solutions.Un projet sportif clair, et portant sur le moyen terme au moins (2 ou 3 années), est quand même mieux pour un joueur qu’une solution transitoire et « par défaut », et, par définition, sur le court terme (6 mois ou 1 an). Même si, évidemment, le prêt, parfois nécessaire, est quand il est pratiqué, le plus souvent, un moindre mal.
Philippe Chevet